Aimer son prochain quand les questions sociales sont devenues mondiales
Poser la question sociale demande de prendre en compte le contexte global dans lequel nous vivons. Pour comprendre la pauvreté, il faut réfléchir d’un point de vue mondial et prendre en considération les structures de l’économie et de la finance.
Aimer mon prochain se joue dans mes contacts quotidiens avec quiconque a besoin d’aide. Du fait de la mondialisation de la pauvreté, j’ai une nouvelle responsabilité. Je suis au courant de la pauvreté dans d’autres pays et mon mode de vie a des impacts sur ceux qui vivent à l’autre bout du monde.
Mon prochain n’est plus simplement le mendiant que je croise mais aussi le pauvre en Afrique qui traverse la famine tandis que je gaspille ma nourriture. A partir de la dignité fondamentale que je reconnais en l’autre, je suis appelée à pourvoir à ses besoins pour qu’il puisse grandir dans son humanité
Il est plus facile d’aimer le prochain que je vois que le prochain au loin, avec qui je pense ne pas avoir grand-chose en commun parce que nous vivons dans deux mondes séparés (malgré la mondialisation !)
Je dois m’occuper du proche et du lointain. La sagesse et le discernement aident chacun à trouver l’engagement possible et réaliste pour lui avec la force et la générosité de cœur que Dieu lui donne et qui correspond à l’appel que Dieu lui adresse.
Se poser la question de l’amour du prochain est gros de remises en cause potentielles concernant mon mode de vie et mes priorités. Nous pouvons avoir le sentiment d’être devant trop grand pour nous. Nous ne pouvons pas nous en sortir sans l’aide de Dieu. Que la question sociale soit devenue mondiale et paraisse tellement nous dépasser est une invitation à nous jeter dans les bras du Christ et à lui demander de nous secourir pour que nous puissions répondre aux défis qu’il met devant nous aujourd’hui.
Si Dieu me met face à des situations dans lesquelles je ne peux pas être indifférente et ne rien faire, il va me donner les capacités et les ressources en amour pour agir.
Je devrai passer par des organisations comme le SEL qui ont une certaine expertise, ou acheter des produits qui respectent plus d’éthique que d’autres.
A cette échelle, on ne peut pas être dans la simple charité et il faut penser de façon plus structurée. L’amour prend alors une couleur de justice sociale.
Les causes de la pauvreté sont d’ordre structurel et plus seulement au niveau individuel. La personne est prise dans tout un système qui la dépasse et qui est en partie à l’origine de sa pauvreté. Cela appellera une action de plaidoyer – par exemple avec les campagnes Michée – pour réformer des structures pour plus de justice sociale
Faire preuve de discernement dans notre contexte pour pouvoir aimer notre prochain
Quelles sont les bonnes sources d’information pour se renseigner sur la réalité des situations ?
Je vais chercher de l’information aux sources « officielles », comme les organismes liés à l’ONU comme la FAO ou l’UNICEF, les ONG qui travaillent dans les pays concernés et aussi des ressources d’information alternatives avec un regard critique.
Ma foi dans la révélation biblique remet ce que j’apprends dans un contexte qui guide mes réactions et m’évite de tomber dans une attitude catastrophiste par exemple dans les questions de climat
L’idolâtrie de Mammon est-elle une cause majeure de la pauvreté dans le monde aujourd’hui ? Est-ce que les chrétiens peuvent s’en rendre coupables ?
Aujourd’hui l’idolâtrie a pris des proportions inédites en particulier dans la sphère financière, avec la spéculation ou l’appât de gains à court terme, au mépris de la vie et des conditions de vie d’un certain nombre d’êtres humains.
Nous sommes invités à être honnêtes devant Dieu sur la place de l’argent, du besoin de sécurité et des possessions matérielles dans notre vie.
L’Église a aussi pour rôle de donner un enseignement à ce sujet, d’être une communauté d’encouragement mutuel dans ce domaine.
Quelles solutions aux questions de pauvreté ? Qu’exige de nous l’amour du prochain ?
Il faut envisager plusieurs manières d’aborder les choses et de trouver des solutions ! Il y a un rôle pour les États et les pouvoirs publics, pour les instances internationales, les entreprises, les ONG. Et aussi pour les pauvres eux-mêmes : faisons avec eux et pas simplement pour eux. Le SEL qui travaille avec des partenaires locaux va dans ce sens.
Rappelons le principe de subsidiarité de la doctrine sociale de l’Église catholique : « une société d’ordre supérieur ne doit pas assumer des fonctions qui reviennent à une société d’ordre inférieur, la privant de ses compétences. Elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité »
Quels changements réels et concrets s’imposent dans notre mode de vie ?
Il s’agit de revenir à une certaine sobriété : dans le domaine alimentaire favoriser des filières plus courtes en France et le commerce équitable pour l’étranger.
Quand nous achetons des T-shirts à 5 euros pensons aux conditions de travail de ceux qui les ont fabriqués ? Soyons attentifs à ne pas changer de smartphone tous les ans.
Certains préconisent une manière de vivre en autosuffisance, en communauté, sans usage de la technologie. Cependant le critère du juste milieu a aussi sa validité pour des personnes qui iraient moins loin. Par exemple ne pas trop se faire avoir par l’obsolescence programmée, essayer de réparer plutôt que de changer systématiquement
Il nous faut apprendre à naviguer dans des zones grises. C’est moins confortable que de trancher entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Nous ne pouvons pas faire l’économie de la réflexion personnelle, du discernement, du fait de prendre ses responsabilités, de rechercher la maturité morale et spirituelle.
Il est possible de s’engager face à la pauvreté : individuellement, en Église ou dans des actions plus larges au niveau de la société civile.
Article de réflexion de Marjorie Legrand pour la journée du SEL 2021, résumé par Claudine.
Marjorie Legendre est pasteur de l’Église Évangélique Libre de Gennevilliers. Elle enseigne l’éthique à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.