Béthanie

A Béthanie avec Lazare et ses soeurs

A Béthanie

La maison de Marthe, Marie et Lazare à Béthanie mérite une attention toute spéciale. En effet, c’est un vrai refuge de paix pour Jésus, parce que ces trois personnes lui offrent un trésor d’amitié qu’il n’a sans doute même pas trouvé auprès de ses disciples, sauf de la part de Jean.

Une amitié profonde et réciproque : 3, 5 : on se connaît si bien qu’on s’accorde une confiance inconditionnelle. Même dans des circonstances extrêmes chacun sait que l’autre a toujours envers lui une attitude bienveillante, des intentions de bénédiction.

Or dans Jean 11 se produit une situation vraiment extrême : Lazare est mourant, Jésus est loin, les 2 sœurs se trouvent seules devant le spectre du décès que Jésus pourrait leur éviter.
Lire : Jean 11


L’épreuve

L’inoui, c’est que Jésus non seulement n’accourt pas aussitôt, mais ne part que deux jours plus tard, en sachant qu’entre-temps son ami est mort : 15a. Plus incroyable encore, il dit 15b !.. Je ne vois qu’une explication que je vois vous exposer :

Jésus sait combien tous les trois lui font confiance : elles l’ont averti, mais ne lui ont rien demandé, certaines qu’il est capable d’éviter le pire (21, 32) et qu’il agira pour le mieux. Il sait l’angoisse des trois dans cette agonie qui avance inexorablement, leur souffrance de voir Lazare mourir et lui qui n’est pas venu, leur souffrance de devoir l’enterrer, toujours sans Jésus, leur risque de perdre confiance.

Tout cela, il en est bien conscient et ne part pourtant pas encore ! N’est-ce pas cruellement tromper leur confiance ? Non, toute la suite prouve le contraire et démontre aussi l’énorme confiance que Jésus leur accorde, lui, de son côté.

C’est un aspect que nous oublions souvent dans notre relation envers lui. Celle-ci est une relation de confiance dans les deux sens : Jésus, lui aussi, nous fait confiance et pense donc qu’il peut parfois attendre de nous quelque chose de plus difficile, d’impensable sans cette relation confiante. Jésus avait besoin de cette totale confiance pour oser entreprendre l’action magnifique qu’il envisage ce jour-là : une occasion pour faire apparaître la gloire de Dieu (4). Une action impossible avec d’autres, même avec ses disciples !

L’enjeu…

…ici est énorme. Comme toujours Jésus agit sous la conduite de son Père. Il va faire éclater la victoire du Père sur la mort d’une manière unique.
Bien souvent il a guéri quelqu’un en danger de mourir, in extremis. Il a ressuscité la fille de Jaïrus une heure après sa mort, le fils de la veuve de Naïn le jour même de sa mort.

Mais Lazare, lui, c’est quatre jours après son enterrement, alors qu’il n’y a plus aucun risque de mort apparente et que selon les conceptions juives il n’y a plus aucun espoir de retour à la vie. Là il s’agit d’une résurrection dans toute sa majesté incroyable et pourtant évidente. Même ses ennemis seront obligés de s’incliner devant le fait : 47c.

Mais ce n’est de loin pas tout : cette résurrection poursuit au moins quatre objectifs :
– parler à la foule : 42c. Et ce but, il l’a atteint pour une part : 45.
– révéler la gloire de Dieu concrètement aux douze : 4
– relever les 3 frère et sœurs et conforter majestueusement leur confiance en lui et en Dieu : 40. (

Remarquons  bien l’ordre des verbes !Quelques instants après cette parole retentit l’ordre extraordinaire : Lazare sors !  suivi de la scène fantastique de 44.
– glorifier le Père en faisant éclater sa toute-puissance devant son peuple : 4

La victoire

Seulement pour atteindre ce résultat, il fallait que les deux sœurs lui fassent confiance. Et leur confiance est restée entière, même dans la souffrance terrible tout le long de cette dernière semaine.
Ces deux femmes ont tenu ferme, elles n’ont pas flanché. C’était d’autant plus dur qu’il aurait pu éviter ce drame, toutes deux le disent (si tu avais été là…), mais mesurons bien la portée de ce que Marthe ajoute au v. 22 : cependant, même maintenant je sais (S21) / mais je sais que maintenant encore (Semeur) tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera. Voilà comment parle la vraie confiance, même au 4e jour de deuil. Ca, c’est la foi de Marthe. Et elle ne s’arrête pas là, le deuil n’a créé aucune faille : 27.

Voilà l’autre face de la victoire remportée ce jour-là sur la mort. Jésus aussi a été profondément remué par la souffrance des deux sœurs et de leurs amis (35). Mais ce qui n’est pas dit, c’est la joie qu’il a dû ressentir ensuite, en voyant qu’il a eu raison de s’appuyer sur leur amitié et qu’elles ont gardé confiance en lui, même dans cette épreuve (qui n’avait rien d’inévitable, certains le soulignent amèrement : 37).
Imaginez la soirée qu’ont alors passée les trois frère et sœurs, peut-être avec Jésus et les douze, quand ils ont comparé l’avant et l’après, la douleur du matin et l’allégresse du soir
Ah, il méritait bien cette confiance et voilà l’œuvre magnifique qu’il a bâtie dessus !

Et nous

Nous aussi, nous pouvons nous retrouver brusquement ou voir venir inévitablement sur nous une situation dure, choquante, incompréhensible, longue.

Ayons le réflexe de penser que là c’est notre Seigneur qui lance un appel à notre confiance. Non pas pour nous faire souffrir ou même expier des péchés (qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu, pour mériter cela ?)

Mais pour réaliser avec nous, dans un climat de vraie confiance un plan dont nous ne nous doutons pas, mais qui sera une bénédiction et fera éclater sa gloire, peut-être même auprès de gens qui n’en veulent pas.

Ce ne sera certes pas facile, il faudra peut-être baisser la tête et serrer les dents. Mais si je lui fais confiance, je verrai qu’il la mérite pleinement, qu’il y répond à la hauteur de sa majesté divine. Et il me fera voir concrètement la gloire de Dieu, comme il l’a rappelé à Marthe.

Jean-Jacques Streng