Prédication de Jean-Jacques Streng le 15 décembre 2024 à l’Eglise mennonite de Bourg-Bruche
Sous forme d’article
Introduction
Nous sommes toujours dans la période de l’Avent, de l’attente de la venue de quelqu’un d’extraordinaire. Depuis longtemps plusieurs prophètes avaient annoncé la venue de cette personnalité unique du Messie, envoyé par Dieu.
J’imagine que les autorités religieuses s’attendaient à le voir inaugurer avec elles son action publique à Jérusalem ou au moins en Judée, y prendre le pouvoir avec elles et restaurer l’ancienne royauté de David.
Eh bien, pas du tout et Ésaïe, par exemple, ne va pas du tout dans ce sens. Dans ses paroles déjà évoquées dans des messages précédents, j’aimerais relever trois mots-clés riches de sens :
LIRE : Ésaïe 8. 23-9. 6.
1. DES TÉNÈBRES
En citant Ésaïe, Matthieu (4. 13-17) indique que lorsque Jésus commence à prêcher, c’est en Galilée. Le dernier endroit un tout petit peu correct pour lancer un ministère tel que celui du Messie ! Voyez les qualificatifs : un pays de ténèbres, de l’ombre de la mort, couvert de mépris, où il y a des angoisses !
Au temps d’Ésaïe le royaume d’Israël, comprenant la Galilée, avait de quoi trembler de peur.
À l’Est l’Assyrie, réputée pour la férocité de son armée, avançait de plus en plus et allait, en 722, effacer Israël de la carte politique. Cela arriva après 3 siècles d’idolâtrie dans ce qui était tout de même une partie du peuple de Dieu ! Autrement dit, le rideau de la mort a fini par tomber sur un pays plongé depuis longtemps dans les ténèbres spirituelles.
Et du temps de Jésus, ce pays à la population étrangère, c’est à dire formée de Juifs et d’autres ethnies, vivait aussi dans les ténèbres du mélange des religions.
C’est donc par les 4 expressions indiquées tout à l’heure qu’Ésaïe décrivait ce pays où Dieu avait certes eu sa place centrale, son autorité sous un roi comme David. Mais ce temps était bien loin.
Et que dirait Ésaïe de notre pays, qui se vantait naguère d’être la fille aînée de l’Église ?
D’une certaine Église peut-être, où un certain roi-soleil, que moi j’appelle roi-ténèbres, persécutait nos frères et soeurs dans la foi, lors d’une opération génocidaire organisée et d’envergure plus que nationale.
Ces dernières décennies notre pays a encore fait de grands progrès vers « la liberté », notamment par rapport à Dieu et sa Parole.
Un exemple. : dans notre patrie des droits de l’homme on vient d’inscrire dans la Constitution le droit de tout citoyen de tuer ! Tuer qui ? Un malfaiteur ? Ah non ! Mais l’être le plus démuni, le plus innocent qui soit.
La prochaine grande question sociale à l’ordre du jour, c’est l’euthanasie. Beaucoup ont oublié comment on avait introduit l’IVG en 1975 : elle devait être limitée aux cas de grande détresse. On peut tendre le dos et se dire qu’il vaut mieux être jeune et en bonne santé !
Chez nous aussi plane l’ombre de la mort et de l’angoisse.
Un sondage très récent indique que 36% des Français se méfient des politiques, la parole publique est gravement dévaluée, 1 Français sur 3 se dit malheureux. Après tout, la nature a horreur du vide et on imagine facilement le prince des ténèbres se frotter les mains et venir remplir ce vide de ses productions à lui.
Et pour élargir la perspective, on pourrait ajouter l’exemple de cet autre pays, bien plus grand, phare de la démocratie, qui vient d’élire comme chef un virtuose du mensonge et des lubies imprévisibles.
Et il est élu par qui, entre autres électeurs ? C’est effrayant de devoir l’avouer : en particulier par ceux qui se disent évangéliques ! Là les ténèbres disposent de 4 ans pour faire des ravages…Et ça commence déjà !
Notre société sécularisée se vante d’avoir éliminé Dieu de la scène publique et de l’avoir confiné dans la sphère privée des quelques attardés qui croient encore à lui. Et puis on est convaincu que de toute façon les choix spirituels ne sauraient avoir un impact géopolitique ou économique.
Or pour la Bible les situations sont déterminées fondamentalement et en priorité absolue par la position spirituelle des individus et de la nation entière envers Dieu. Les autres aspects n’en sont que des conséquences… Serait-ce une explication du marasme où se débat notre pays ces derniers temps ?
Il y aurait vraiment de quoi prendre peur, si le même texte qui évoque 2 fois les ténèbres n’annonçait pas aussi 2 fois la venue d ’une grande lumière.
2. UNE GRANDE LUMIÈRE
Mettons-nous à la place des auditeurs d’Ésaïe. Le contexte géopolitique était alors bien sombre. Il l’est de nouveau 7 siècles plus tard, quand Matthieu reprend les paroles d’Ésaïe pour rapporter la naissance du Messie. C’est sur cet arrière-plan qu’il faut lire 8. 23a, 24a, 9.1.
Ce Dieu relégué aux accessoires devenus inutiles et depuis longtemps remplacé par des choses « plus modernes », le voilà qui revient au 1er plan, exactement comme il l’avait annoncé et fidèle à son alliance avec ce peuple infidèle.
Et la situation de celui-ci va être totalement retournée, comme lorsqu’une forte lumière est allumée dans un endroit sombre. Rien n’est plus comme avant, tout change comme lorsque Dieu envoya Moïse auprès du pharaon ou plus tard quand il envoya Gédéon contre Madian
Le souvenir de cette victoire de Gédéon sur Madian est resté dans les mémoires. Pensez donc : opposer 300 hommes aux 135 000 de Madian et leur infliger une cuisante défaite.
Et alors le fardeau qui pesait sur la nation, le gourdin qui frappait son dos, le bâton qui l’opprimait, tu les as brisés. Or le tu dont il est question, ce n’est pas Gédéon, mais Dieu.
Cette grande lumière, où Dieu va-t-il l’envoyer
Et cette grande lumière, où est-ce que Dieu va l’envoyer, quelle est la région que les temps à venir vont couvrir de gloire (8. 23) ? N’importe quel Juif répondrait : « À Jérusalem bien sûr ou au moins en Judée, c-à-d là où se trouve le Temple, là où l’on pratique ses sacrifices ! » P
En Galilée
Pas du tout, c’est la région située de l’autre côté du Jourdain, la Galilée à la population étrangère ! Là où on ne la connaît guère et où on a vraiment besoin qu’elle intervienne.
N’est-ce pas la manière typique de Jésus qui disait que ce sont les malades qui ont besoin du médecin, pas les bien-portants !
Dans un environnement sans perspective d’avenir
C’est dans cet environnement sans perspective d’avenir, où les gens sentent bien une oppression intérieure, mais ne savent pas vers qui se tourner pour en être libérés.
C’est là qu’une libération véritable, radicale va intervenir, sous la forme d’une entreprise de grande envergure, lancée par Dieu lui-même au profit de son peuple et bien au-delà, pour l’humanité entière (étendre la souveraineté..)
Mais qui va être sur terre l’artisan de cette libération ?
Qui d’après Ésaïe va apporter cette libération spirituelle, puis politique ?…Là on reconnaît bien la manière d’agir de Dieu : réaliser de grandes choses en toute discrétion et même dans la faiblesse. Mais n’a-t-il pas dit que c’est dans la faiblesse que ma puissance donne toute sa mesure ! Eh bien l’artisan ce cette formidable restauration, c’est … c’est…v.5 : un enfant !!
3. UN ENFANT
Et quel étrange enfant ! À quel être humain pourrait-on attribuer les titres du v.5 et les réalisations du v.6 ?
Pourtant c’est bien un petit bébé humain qui va naître dans des circonstances bien précaires. Mais c’est aussi Dieu lui-même qui vient s’abaisser à ce point et adopter notre condition humaine.
Au 1e plan l’humilité d’un jeune couple
Certes, il y a au 1er plan l’infinie humilité d’un jeune couple qui ne trouve pas de meilleur hébergement qu’une étable pour la naissance de leur 1er enfant. Mais nos regards ne doivent pas s’arrêter là, ni nos pensées se laisser emporter par ce que beaucoup appellent la magie de Noël.
Il n’y a là rien de magique, mais la souveraine majesté du Dieu infiniment puissant, cachée sous les apparences les plus modestes d’un petit nouveau-né.
Dehors, auprès des bergers, une chorale d’anges
Et dehors, dans les champs, auprès des bergers, c’est une chorale d’anges qui apparaît pour célébrer cet évènement inouï. Ils le font en chantant non pas un de nos petits chants de Noël, mais un fantastique choral dont la majestueuse puissance a dû les marquer pour toute leur vie et ferait largement pâlir même le Alléluia du Messie de Haendel.
Des savants venus d’Orient
Les savants venus de l’Orient rendre hommage à ce roi qui vient de naître, ne s’y sont pas trompés. Ils ne faisaient certainement pas un tel voyage pour chaque naissance de fils de roi au Moyen-Orient.
Celui qui vient de naître à Bethlehem est absolument unique : c’est même un évènement astronomique qui le leur a signalé et va leur servir de guide. Et à Bethléhem certainement jamais un couple accueillant un nouveau-né n’a reçu une visite pareille et Joseph et Marie ont dû rester bouche bée à la vue des cadeaux royaux qu’ils ont alors reçus.
Cet enfant sera le salut que Dieu a préparé pour tous les peuples
À 8 jours les parents apportent leur petit gamin au Temple et y rencontrent le vieux Siméon. Cet homme juste et pieux les accueille d’une manière tout à fait inattendue et parle de l’enfant en termes qui les « émerveillent ».
Cet enfant sera, dit-il, le salut que Dieu a préparé devant tous les peuples, la lumière (ah, encore !) qui éclaire les nations et la gloire d’Israël, son peuple (Luc 2. 31-33)
4. BILAN
Toute une chaîne d’évènements qui, dans leur discrétion, portent la marque de Dieu.
Ils vont tous dans le même sens, annoncé par Ésaïe 9. 5-6.
Ces titres glorieux nous interdisent d’en rester au sentimentalisme du petit Jésus dans sa crèche. Cette crèche, il n’y est plus, même si c’est ainsi qu’il a commencé une vraie vie d’homme, pur, venu porter les péchés du monde sur la Croix.
Et cette Croix, il y est effectivement mort pour mes péchés et les 3 jours au tombeau ont prouvé cette mort. Mais la Croix, il n’y est plus, ni surtout non plus au tombeau et c’est l’autre majestueuse bonne nouvelle que nous fêtons après celle de Noël.
Ce tombeau, il l’a quitté pour prouver que c’était pour nos péchés qu’il est mort ; il l’a quitté pour venir s’asseoir à la droite du Père céleste qui lui a rendu toute la gloire dont il s’était dépouillé pour nous.
Aujourd’hui, sur ce trône, il est merveilleux conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. C’est devant ce trône que nous nous agenouillons aujourd’hui pour l’adorer.
La vraie bonne nouvelle de Noël
Voilà ce qui fait la vraie bonne nouvelle de Noël et qu’il s’agit de remettre en honneur, par-delà tout le folklore traditionnel ou le battage commercial affligeant.
L’œuvre de salut offert à l’humanité entière et préparée de si longue date par bien des prophètes, commence là, de cette façon modeste, effacée. Mais elle avance irrésistiblement, comme toutes les prophéties, une fois que le temps fixé est arrivé.
Voilà ce qu’a fait le zèle de l’Éternel, le Maître de l’univers.
qui va changer la face du monde
Ce qui se passe là à Bethléhem a certainement passé largement inaperçu, mais sa dimension spirituelle va changer la face du monde de l’époque et de toute la suite de l’histoire humaine.
C’est cette intervention à la fois humble et grandiose de Dieu que nous voulons mettre au centre de nos célébrations. Parce qu’elle constitue le fondement et la raison d’être de notre existence.