Prédication de Claude Baecher le 6 septembre 2020 à l’Église mennonite de Bourg-Bruche
« Marcher », c’est passer par bien des endroits et des émotions
Des vallées rieuses ou désolées, des crevasses, des cols, des descentes et des montées et des sommets.
Des élans, des fatigues, des paysages somptueux, du mauvais temps, le soleil, des ampoules, un refuge, du repos, du ressourcement, des rivières, de bons et de mauvais chemins…
Etre en marche ! « Aussi décourageante que soient nos erreurs hier et aujourd’hui, elles ne peuvent pas nous empêcher de réessayer demain ».
Et nous ne sommes pas seuls…
A quoi reconnaît-on un (une) disciple de Jésus le Christ ?
Léon Tolstoï faisait déjà ce constat amer : « Aujourd’hui (malheureusement), comme dans les temps passés, il n’y pas moyen de dire à partir de la vie d’une personne, de ses actes, si elle est un croyant ou non »…
A quoi reconnaît-on un (une) disciple … de Jésus le Christ ?
- Une confession personnelle relative à une identité/solidarité nouvelle « en Christ » son Règne inauguré
- Une pratique particulière préconisée par Jésus dans tous les domaines importants de la vie (enseigner à mettre en pratique)
- Reconnaissance, louange envers Dieu
- Réconciliation et lutte contre la violence intérieure pour aimer les frères et sœurs en Jésus
- Intégrité et refus de la corruption
- Rapport entre sexes saints et correction même du regard
- Amour de tous y compris des ennemis
- Une économie fraternelle et les capacités orientées vers l’amour
- Une spiritualité centrée sur le Père révélé par le Fils
- Une mission consentie de multiplication /diffusion / enseignement
- Une unité avec d’autres personnes « en chemin avec Jésus » dans la dépendance de l’Esprit
- Présence du Christ dans la communauté.
« Marcher » dans la Bible
« Marcher », chacun des vivants le fait (c’est la vie). La question c’est avec qui, ou formaté par quoi, guidé vers quoi… Voyez Hénoc :
Hénoc marcha avec Dieu 300 ans après la naissance de Metushéla…. Hénoc vécut en tout 365 ans. Hénoc marcha avec Dieu, puis il ne fut plus là, parce que Dieu l’avait pris Genèse 5, 22-25
Marcher : se conduire
Il y a une « marche » spéciale dans la Bible : « Marcher » est souvent dans la bible un symbole de « se conduire ». « Marcher » est l’expression pratique de notre rencontre du crucifié et du ressuscité qui nous a aimé. C’est commencer un ‘nouveau chemin’.
« Marcher en suivant Dieu » vers la libération et vers une « terre promise », « marcher dans mes commandements ». Cf. Exode et le Sinaï. Très concret.
Imiter Dieu
« Imitez Dieu » en Éphésiens 5,1. Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie a dit Jésus. « Vous serez…, car je suis… ». Mais quelle est mon image de Dieu ?
Nous avons été créés « à l’image de Dieu », c’est-à-dire pour « suivre » le modèle qui est Dieu et parfaitement retranscrit en Jésus.
La marche de disciple est ainsi à la fois une spiritualité particulière et une conduite particulière, de progrès en progrès.
Marche dans la Bible
C’est tout d’abord Dieu Lui-même… «
L’Éternel marchait à leur tête, le jour dans une colonne de nuée pour leur montrer le chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils puissent marcher de jour et de nuit Exode 13,21.
Cf. le chant: « Ils ont marché au pas des siècles vers un pays de paix… écoute, écoute, surtout ne fait pas de bruit, on marche sur la route, on marche près de toi… »
C’est intime et concret
Venir à lui puis le suivre
Avant de le « suivre » après la résurrection, il faut d’abord « venir à lui » et par le baptême ou la confession de la foi en Jésus à s’identifier publiquement (le confesser) à lui dans sa mort et sa résurrection, pour ensuite « marcher en nouveauté de vie » (confession anabaptiste de Schleitheim, 1527).
La suivance/marche avec lui est d’abord partage avec le Nazaréen, se mettre au bénéfice de sa présence et de son œuvre, un com-pagnonage, le dynamisme d’une relation progressive qui unit suivant et suivi et pas d’abord la suivance d’un code éthique.
Suivre Jésus, marcher à sa suite…
Les disciples de Jésus suivent Jésus, c’est-à-dire marchent derrière lui pour écouter, puis pour expérimenter, puis certains pour apprendre, puis d’autres encore pour prolonger Son action
Jésus est le reflet parfait du Père. Ne pas inventer un autre père que le père aimant et invitant, passionné de relation.
2 Corinthiens 3 , 18 et tant d’autres passages parlent de Jésus-Christ, comme le « nouvel Adam », le chef de file, l’homme tel que Dieu l’a voulu, c’est-à-dire qui fait parfaitement écho à son créateur. On revient à l’image de Dieu restaurée ou en voie de restauration…
« Suivre Jésus », c’est clair que c’était plus facile lorsque Jésus était physiquement parmi nous. Depuis c’est l’Evangile et l’Esprit qui représentent le Seigneur ressuscité.
Depuis sa résurrection et son ascension, c’est plutôt la marche selon l’Esprit qui est visée: vivre en Lui et Lui en nous, individuellement et collectivement; chercher à devenir un homme bien aux yeux de Dieu (image de Dieu restaurée).
Marcher, c’est aussi « se conduire » chez Paul
Je vous exhorte donc, à vous conduire d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée Éphésiens 4:1-2
Vous ne devez plus vous conduire comme les païens, qui suivent la vanité de leurs pensées… mais … être renouvelés dans l’esprit qui inspire vos pensées 4:17-23
Marchez dans l’amour, à l’exemple de Christ qui nous a aimés et s’est donné Lui-même à Dieu pour nous 5:2
Marchez comme des enfants de lumière… examinez ce qui est agréable au Seigneur 5:8-10.
=> « Marcher » est une image qui signifie « se comporter » en étant à Son école.
Jean : croire en Jésus, c’est « le suivre »
Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur…. Celui qui croit en moi, croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et celui qui me contemple, contemple celui qui m’a envoyé
Jean 12, 44-45.Si vous vous attachez à la parole que je vous ai annoncée, vous êtes vraiment mes disciples Jean 8, 31
Du « supporter de Jésus » à la marche avec lui
Il ne suffit pas d’admirer Jésus comme un supporter le ferait, car être disciple du Christ ou le suivre va plus loin et plus profond.
C’est ce que le Seigneur attend (histoire du but qui n’a pas été fixé, ou du faux but…). Le but est vraiment la régénération de tout, Christ tout en tout.
« celui qui prétend qu’il demeure en Christ (sur confession de foi – statique), doit aussi vivre comme le Christ lui-même a vécu » (I Jean 2,6) : dynamique, une marche…
Pierre : suivre l’exemple de Jésus
Jésus nous « a laissé un EXEMPLE (prototype, modèle, exemple, copie écrite) afin que nous suivions ses traces » (1 Pierre 2, 21).
L’exemple, ici, est celui du Christ supportant des souffrances injustes et imméritées:
“Insulté, il ne rendait pas l’insulte, souffrant, ne faisait pas de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement”.
Jésus et son disciple, un même combat
Cette attitude peut déranger… et mener à des brimades ou à « porter sa croix ».
Notre obéissance sera toujours imparfaite, mais ce n’est pas une raison pour qu’elle ne soit pas sérieuse et honnête, par la grâce de Dieu.
Le but n’est pas l’introspection (le miroir), mais la direction et une repentance intelligente, « les yeux fixés sur Jésus » (fenêtre!).
Paul, en Christ, la nouvelle création
Dans les épîtres de Paul, on a moins le vocabulaire de la « suivance » (discipulat) et d’avantage celui de l’imitation.
Etre disciple c’est aimer Jésus plus que le propre père ou la mère (Lc 14,26/Mt 10,37), c’est donc une constante remise en proportion entre les amours légitimes et l’amour du règne de Dieu.
Suivre Jésus, c’est aussi laisser quelque chose même temporellement, son filet (outil de travail), ses biens, ses habitudes, ses règles, sa famille, cela implique un laisser donc un renoncement , un quitter comme Abraham, pour découvrir quelque chose de mieux, un avenir neuf, moins marqué par le péché et les mauvaise habitudes, c’est une école du caractère !
Pas de diplôme de fin d’étape dans ce monde-ci
Le discipulat ou marche à la suite de Jésus est un engagement, une marche avec lui qui dure toute la vie de ce monde-ci.
Personne ne peut affirmer qu’il a un diplôme de disciple achevé ou de but atteint.
Jésus n’a laissé que le message du royaume, son exemple de vie et ses paroles, son Esprit et une communauté de disciples qui anticipent quelque chose qui ne sera effectif et universel que plus tard.
Le discipulat ou marche à la suite du Christ est la seule forme dans laquelle la foi en Jésus existe.
Conclusion
« Les regards fixés sur Jésus » (Hébreux 12,2 : l’initiateur de la foi et celui qui la mène à la perfection), c’est le moteur de la vie chrétienne.
DIEU NOUS AIME VRAIMENT ! NOUS SOMMES NÉS ET NÉS DE NOUVEAU DU DÉSIR MÊME DE DIEU COMME PÈRE (« votre Père ») cf. Psaume 139. C’est restructurant !
Deux pathologies a éviter:
1. Etre « supporter du Christ » (il fait tout seul, pour moi, il a tout accompli…) sans le suivre concrètement
2. imiter Jésus, sans l’Esprit et sans la grâce, par mes propre forces. Sans la régénération par l’Esprit, toute l’entreprise est vouée à l’échec.
L’appel de la vie de disciple fait partie de la grâce.
Une invitation à entrer dans le désir de Dieu de former des disciples, à n’être rien d’autre qu’un instrument pour cela.
Des domaines où je laisser le Christ régner
=> Nous devons estimer le Christ, apprendre de lui, le laisser habiter en nous, par dessus toute chose…
Chérir son exemple, sa mentalité, le Règne de Dieu, le type d’homme qu’il a été, ses actes, sa foi, bref se familiariser avec Lui de mieux en mieux.
Estimer sa douceur, sa patience, son amour, sa croix à lui, son amour du Père, son combat spirituel, ses objectifs, ses fréquentations et actes, la relativisation de son confort pour gagner les autres, le mépris qu’il a subit, autant que son autorité, son pourvoir, son enseignement, sa place à la droite de Dieu d’où il reviendra.
Sur un chemin de service, mais aussi de convalescence et d’espérance…
L’Eglise doit être un lieu d’apprentissage, d’amélioration (Besserung), de croissance à la suite du Christ, alors et alors seulement elle devient un lieu de convalescence, de joie, d’espérance et de guérison de bien des mentalités (esprits) mauvaises.
Résumé par THOMAS A KEMPIS (Moyen-Âge)
Thomas A Kempis, auteur de l’Imitation de Jésus -Christ, qui commence par :
« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (Jn 8,12), dit le Seigneur.
Ce sont des paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur. Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des saints : et qui posséderait son esprit trouverait la manne cachée. Mais il arrive que plusieurs, à force d’entendre l’Evangile, n’en sont que peu touchés, parce qu’ils n’ont point l’esprit de Jésus-Christ. Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ ? Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne… ».
Claude Baecher